Pages choisies.

Avant d'écrire à votre place, voici comment j'écris. Trois extraits anonymisés — biographies, hommage — mis en page comme dans le livre qui vous arriverait.

Domitille Raillon relit un livre broché à son bureau
RelectureAu bureau
i.

Échantillon · I

Biographie familiale

Premier chapitre d'une biographie de quatre cents pages, livrée en mars dernier. Vingt-deux entretiens avec Marguerite, 86 ans, et trois de ses enfants. La voix est restituée presque telle qu'elle est venue.

FormatLivre relié, 400 pages
Délai9 mois
Entretiens22 séances
p. 7

Chapitre I

Premier souvenir

On commençait toujours par une question qui n'en était pas une. Marguerite arrivait, posait son cabas, défaisait son foulard, et avant même de s'asseoir disait : « Vous savez, j'ai pensé à quelque chose. » Ce quelque chose était toujours déjà là, intact, depuis quarante ou cinquante ans, attendant son tour.

Il fallait seulement le laisser sortir, sans le presser, sans le retenir non plus. Le cahier sur mes genoux, le stylo prêt, je regardais le thé refroidir pendant qu'elle remontait, en passant par les gestes du soir, à la cuisine de sa mère, à la pluie sur le toit de tuiles, et tout d'un coup : l'odeur d'un tilleul, la première bicyclette, ce voisin que personne n'avait revu.

Tout commençait par là : par le détour, par l'imprévu, par cette chose qui ressemble à une digression et qui, en vérité, est l'unique chemin pour atteindre ce qu'elle voulait dire.

— Extrait du chapitre I, biographie de Marguerite L., 2026

ii.

Échantillon · II

Récit court familial

Récit de quatre-vingts pages écrit pour les trois enfants d'un homme disparu, à partir d'enregistrements réalisés deux ans avant sa mort. Le travail le plus délicat que j'aie eu à faire.

FormatAlbum, 80 pages
Délai4 mois
Entretiens9 séances (archives)
p. 23

Chapitre III

L'usine, l'hiver

Mon père aimait peu de choses, et mal. Il les aimait trop fort quand il les aimait, et ne savait pas le dire. C'était quelqu'un de la génération d'avant : les sentiments se déduisaient de ce qu'on faisait, pas de ce qu'on disait.

L'hiver, à la sortie de l'usine, il marchait quarante minutes jusqu'à la maison. Il aurait pu prendre le bus. Il préférait cette marche. Je lui avais demandé, une fois, pourquoi. « Pour me débarrasser »,avait-il dit, et il n'avait rien ajouté. Je n'avais pas su, à dix ans, ce que cela voulait dire. Je le sais aujourd'hui.

La veste sentait l'usine pendant tout le trajet. Quand il ouvrait la porte, l'odeur entrait avec lui, et ma mère ne disait jamais rien — elle prenait la veste, elle l'accrochait dans la pièce du fond. C'était sa manière à elle de l'accueillir. Ce sont, je crois, les amours dont je me souviens le mieux. Celles qui ne se nomment pas.

— Extrait du chapitre III, récit anonyme, 2025

iii.

Échantillon · III

Texte d'hommage

Discours lu lors de la cérémonie d'enterrement d'une amie de longue date, écrit en deux jours à partir de trois conversations d'une heure. « Vous avez écrit ce que je ne pouvais pas dire. »

FormatTexte lu, 4 min
Délai2 jours
Versions3 ajustements

Hommage

Pour Anne

Anne riait avant de parler. Toujours. C'était la première chose qu'on entendait d'elle. Le rire arrivait avant la phrase, comme si la phrase devait passer par le rire pour exister.

Pendant trente-deux ans, j'ai eu le privilège de partager ses phrases — celles qui rient, celles qui consolent, celles qui tranchent quand il faut trancher. Je ne savais pas à quel point ces phrases m'habitaient. Aujourd'hui, c'est leur silence qui me l'apprend.

Anne, ton rire ne s'éteint pas. Il prend juste une autre forme. Et nous, qui restons, nous serons les phrases qui rient encore. Pour toi, et grâce à toi.

— Extrait, hommage à Anne, mars 2025

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